Textes Philosophiques

Rendez-vous avec l\'Inde
Par Jacques Sourmail

‘‘ Le chant et la danse furent le triomphe de cette civilisation ''

Occultiste et mathématicien, Jacques Sourmail analyse les dessous de l'Histoire et des cartes. Il nous parle ici des influences occultes qui président au destin d'une grande nation, fascinante et repoussante à la fois : l'Inde.

Le monde indien doit être regardé comme l'un des berceaux de la musique. Le chant et la danse furent le triomphe de cette civilisation. Dans l'un et l'autre genre, elle a découvert le Beau ; elle en a fixé les caractères ; elle en a transmis des modèles qui n'ont guère laissé aux autres peuples que le mérite de les imiter. Tous les peuples sont assujettis à des forces majeures.
Le premier courant d'énergie qui colore les destinées indiennes se présente sous l'aspect d'un flot doré, lumineux, légèrement pourpré. On le nomme parfois le Rayon de safran.
Certains occultistes se servent d'une formule frappante pour décrire son influence, ils l'appellent «le Rayon d'harmonie par conflit» ; d'autres l'évoquent comme «le Rayon de l'art, du beau et de l'intuition».
La création musicale semble être tout particulièrement favorisée par le rayonnement de cette énergie, qui rend les hommes sensibles aux subtilités acoustiques des éthers.
Il ne fait aucun doute que l'art, en Inde, et surtout l'art musical, a sa place dans les existences les plus humbles ; que les frémissements du chant et de la danse s'y communiquent aux foules avec une rapidité et une aisance plus grandes que partout ailleurs. Les Indiens s'abandonnent sans retenue aux envoûtements de la danse, en hommes qui en ressentent toute la magie, en comprennent tous les mystères.
Bien sûr, en Inde tout est mystique, la musique comme le reste. Shiva est le Crooner cosmique, et l'univers est son refrain. Aussi la danse est-elle perçue comme une méditation extatique au centre immobile du mouvement ; tandis que, dans le chant, c'est toute l'âme de l'interprète qui se distille à travers ses lèvres.
«Harmonie par conflit», avons-nous dit à propos du Rayon safrané qui colore l'aura indienne. Et, en effet, l'Inde est ce pays où l'on voit sans cesse l'harmonie sortir des feux de la discorde. La mentalité de ses habitants s'en est trouvé façonnée d'une manière différente de la nôtre.
L'unité de la pensée n'est pas regardée en Inde comme une vertu. A vrai dire, la rigueur et la cohérence sont les qualités dont ses philosophes se piquent le moins.
Ils leur préfèrent de beaucoup l'ambiguïté volontaire, le paradoxe fécond, la contradiction positive : de même que la rencontre de deux nuages chargés de potentiels contraires fait jaillir l'éclair, de même la rencontre de deux idées opposées fait jaillir la lumière. Toute leur philosophie est là. Voici donc un peuple, voici des hommes à qui l'inconstance ne fait pas peur, et aux yeux desquels changer ne signifie nullement se renier.
Pas plus que se contredire n'implique de se tromper. En moins d'un lustre, ce pays est ainsi passé, sans états d'âme, du plan au marché. Longtemps rangé parmi les démons les plus noirs, le capitalisme y a soudain pris figure divine, et le ghee s'est mis à couler en abondance sur la nouvelle idole. L'Inde a ouvert ses frontières à l'ennemi : l'obscur Coca et le sombre Pepsi, plus détestés naguère que l'opium ou l'héroïne, ont submergé le pays en engloutissant au passage ses antiques boissons nationales.
En Inde, tout est contraste, et aucune contradiction ne rebute l'Indien.
Tout cela concourt à faire de l'Inde un monde où règne une «harmonieuse anarchie». C'est que les ondes du Rayon de safran dégagent une énergie exubérante ; elles engendrent une profusion de formes qui n'ont que le souci d'exister, qui éclatent et jaillissent dans un emportement ardent de vie. Sait-on, par exemple, que le sous-continent constitue, avec l'Amazonie, le plus riche réservoir d'espèces végétales et animales de la planète ? Et ainsi l'Inde décourage par sa complexité. Il y a tellement d'Indes ! Tellement de vie dans chaque Inde ! Tout, dans ce pays, nous déroute : les paysages, les climats, les langues, les coutumes. Dans ces régions où coule le Rayon d'or, la diversité exulte et les mélanges sont exaltés. Tout semble anormal, inattendu, frappant, même pour le routard le plus blasé.
Dans cette terre des éléphants en habits de cérémonie, des serpents mélomanes, et des missionnaires catholiques sans clientèle, l'original et l'étrange se rencontrent à chaque pas. Nous avons connu dans un hôtel de Calcutta un garçon d'ascenseur qui récitait avec flamme les Vedas, un verset par étage. Ce liftier avait la rage de la métaphysique, et connaissait à fond ses Upanishads !
Par la magie du Rayon doré, l'harmonie est appelée à naître du conflit. Mais il advient parfois que le conflit s'installe et que l'harmonie hésite à paraître. On voit alors des sillons sanglants se creuser dans la chair de l'Inde, et son esprit se livrer à de grands déchirements. Chacun garde en mémoire les temps de frénésie qui accompagnèrent la séparation des communautés hindoue et musulmane ; divorce hémorragique qui, au milieu du siècle dernier, aboutit à la grave mutilation que l'on sait. Cette vivisection, conduite par des hommes dont l'esprit était enseveli dans la plus épaisse ténèbre, n'avait rien d'inévitable.
Il existe, certes, tant de causes secrètes mêlées aux causes apparentes, tant de ressorts inconnus agissant à notre insu, qu'il est presque impossible de démêler la source cachée des malheurs des hommes. Mais considérons cependant ceci : durant des âges, toutes les confessions avaient réussi à se confondre en une concorde harmonieuse sous le ciel de l'Inde. Le sikh, le parsi, le mahométan, l'hindou, et tant d'autres, vivaient en frères dans ces contrées, et contribuaient également au bien de la société.
Ils regardaient leurs différentes religions comme des noeuds qui les unissaient tous ensemble. Bien que tout les opposât sur le plan des rites et des croyances, quelque chose de particulier à l'aura indienne avait permis à ces communautés de s'enchevêtrer dans un heureux mélange : de leurs notes et de leurs couleurs si contrastées, la magie de l'Inde était parvenue à composer une symphonie.
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler, en cette occasion, quelques principes de base régissant la «Science des Rayons». On doit tout d'abord souligner que l'énergie d'un Rayon ne fait qu'indiquer certaines directions, pentes ou tendances, sans jamais les imposer. Elle est riche de certaines potentialités, dont l'actualisation dépend entièrement du libre arbitre des individus irrigués.
Aussi une énergie de Rayon est-elle imprévisible dans ses effets : le terrain humain qu'elle traverse filtre ses éléments. Les Rayons sont des flux de radiation venus d'horizons inconnus, dont les charges ne cessent de s'inverser au cours de leur lente percolation à travers nos esprits et nos organismes.
Considérons le Rayon de safran. Son principal effet est de «produire des dissonances qui donnent du relief à l'harmonie». Mais parfois le milieu humain traversé est tel, que l'harmonie tarde à se manifester. Ne restent alors que les dissonances. De là des déchirures, dont le caractère de gravité vient s'inscrire sur une échelle qui compte trois degrés : Clivages - Partitions - Invasions. Si l'on considère les principales nations gouvernées par ce Rayon, on constate que leur histoire offre des exemples divers d'une telle pathologie à ses différents stades. En Inde, les effets négatifs du Rayon safrané ne se sont pas seulement manifestés à travers une guerre de religion et par des bouffées de violence, ils sont à l'œuvre un peu partout. Ils ont creusé un fossé sans cesse grandissant entre l'«Inde de la puissance» et l'«Inde des nécessiteux» : dans ce pays, des intervalles immenses de fortune séparent l'homme de l'homme. Il n'est aucun endroit au monde, le Brésil mis à part, où l'on puisse trouver des écarts de condition plus marqués.
L'impact répété du Rayon d'or sur le monde indien a fini par fragmenter ce monde en deux unités distinctes : il y a - et cette vérité s'impose à l'historien autant qu'au voyageur - deux Indes irréductibles l'une à l'autre et séparées par une ligne de faille visible à l'œil nu : l'Inde du nord et l'Inde du sud.

Copyright Editions Tournemire / Jacques Sourmail

 
 
 
 
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